avec Grégoire Saurel, architecte chez Bellastock (Société coopérative d’intérêt collectif)
Notes de conférence_GAZETTE CAFE _16/10/2021
Pratique émergente qui a toujours existé et qui a disparu avec l’industrialisation du bâti, le réemploi est un pilier de l’économie circulaire. Ne pas confondre le réemploi, la réutilisation et le recyclage. Le réemploi conserve le matériau avec son usage, alors que la réutilisation détourne le matériau de son usage premier, et que le recyclage transforme le matériau en matière première.
Memento
Expérimenter
Tout a commencé en 2013 avec l’organisation d’un festival d’architecture éphémère. Nous avons cherché comment construire collectivement, sur un temps très court, avec quelle ressource. Au fil des ans, nous avons expérimenté, développé des méthodes, anticipé le cycle des matériaux, défini des règles simples notamment de fixation. Notre collectif rassemblant des ingénieurs et des architectes a développé une démarche de co-construction.
La démolition n’est pas un sujet enseigné dans les écoles d’architecture. Lors du projet de l’écoquartier Fluvial (Plaine Commune), conçu comme une table rase des anciens entrepôts logistiques du Printemps, on a fondé l’Actlab un laboratoire dans l’emprise du chantier de démolition, pour réfléchir à comment extraire les matériaux. Comme des artistes en résidence, nous avons réalisé des expérimentations, pour démonter nous-même, voir les difficultés, élaborer un show-room des possibilités de réemploi. Nous avons établi une résidence scientifique.
Résidence scientifique
Créer du lien
On a découvert que les outils de démolition ne prévoyaient pas le réemploi. On a cherché des solutions avec les entreprises de démolition. On a donné à voir au public le résultat des expérimentations : les prototypes de luminaires (réseau sprinkler, sky-dômes), le dallage opus incertum (voile béton fragmenté), le Dolmen (blocs de fondation) réalisé par l’artiste Simon Boudvin.
Dans le cadre du projet de renouvellement urbain du Clos Saint-Lazare (Stains), on a travaillé en amont du chantier démolition. On a examiné les immeubles à démolir comme une carrière à exploiter en gros blocs ou en granulats. On a réfléchi afin d’établir des archétypes d’éléments constructifs et le schéma théorique de leur réemploi.
Comme une carrière
Métiers du patrimoine
Quand on fait du réemploi, on se rapproche des métiers du patrimoine : on s’intéresse aux propriétés physiques et mécaniques que l’on fait correspondre au besoin programmatique de la construction future. Dans cette opération d’urbanisme transitoire, on a interagi avec beaucoup d’acteurs du territoire pour mettre en place une filière béton, qui soit un lieu démonstrateur et de formation pour les habitants du quartier, qui permette de générer un aménagement paysager (dallage et banc).
Recenser observer, caractériser, la qualité, l’état, le nombre des éléments ressources et imaginer le maximum d’usage possible, grâce une reconnaissance sur site, une investigation documentaire desplans, des réponses des entreprises, des photos de chantier, des carnets d’entretien de l’édifice : c’est à la fois faire un travail de fouille et élaborer le référentiel technique du bâtiment à démolir, auquel on s’attache comme à un témoin d’une époque.
Diagnostic ressource
Architecture de stock
Dans le cadre du projet de reconversion de la caserne Mellinet (Nantes), on a été missionné pourréaliser un diagnostic ressource, cibler les matériaux à réemployer, mettre en scène leur conservation sur le site dans un paysage temporaire. Avec les blocs de granit du soubassement, on a créé des sortes de pyramides, une architecture de stock, et suivant le phasage de l’opération, on a créé des espaces publics temporaires, où les visiteurs peuvent se confronter à la matérialité du futur quartier.
L’économie circulaire engage à réfléchir à partir des matériaux qui existent, saisir l’opportunité d’une mise à disposition d’une ressource pour bâtir une passerelle entre deux chantiers. Ainsi, la vêture de façade de la crèche rue de la Justice réhabilitée par l’agence BFV a été réalisée à l’aide du chêne de trois cents portes palières qui n’étaient plus aux normes incendie et acoustique. Ce transfert de matériau est possible grâce à une synergie entre les acteurs autour du sujet du réemploi et le savoir- faire des entreprises.
Synergie de chantier
Faire preuve
ll faut apporter la preuve que le matériau est adapté au futur usage auquel on le destine. Cela pose la question du poids du protocole imposé par le contrôleur technique, pour permettre l’assurabilité de l’ouvrage à un coût acceptable. Cela prend du temps de changer les pratiques. Le réemploi c’est une démarche de projet, c’est une action collective à prendre très tôt en compte dans le processus de fabrication.
Il s’agit de construire une filière pour faciliter la circulation des matériaux, favoriser l’extraction de matériaux réemployables dans les chantiers de déconstruction ; aider à l’intégration de matériau de réemploi dans les projets de constructions. Bellastock est partenaire du projet européen inter-régional « FCRBE » (Facilitating the Circulation of Reclaimed Building Elements= Faciliter la Circulation des Matériaux de Construction de Réemploi).