Quand j’ai commencé, l’injonction de faire table rase était la norme. J’ai décidé de prendre le contre-pied, j’ai choisi d’être attentif aux choses et aux gens. Dans le sillon de la sociologie urbaine de Pierre Sansot, auteur de la « Poétique de la ville », j’ai développé une architecture sensible aux traces.
Table rase
Traces
Je suis devenu un chineur de traces, celles qui s’impriment sur la chaire urbaine, celles qui s’expriment avec des matières construites. Faire acte d’architecture c’est l’art de composer avec ces éléments de matières pour composer des espaces, pour faire parler simultanément le patrimoine et l’ajout contemporain.
Lorsque l’acte d’architecture se veut résistance à l’effacement, comment décider de ce qui va être conservé ? Ma réponse se trouve dans l’étude des relations entre le savoir, le savoir-faire, et le devoir-faire apporté par le programme. Dans la situation complexe, du Musée de Gévaudan (livraison 2022) à Mende, le projet agglomère un îlot urbain, relie les volumétries des différentes maisons. Le stratagème consiste à élaborer un parcours cohérent à travers les éléments disparates d’un ancien hôtel particulier, une première centrale électrique, des maisons attenantes.
Parcours
Mise en valeur
Les éléments conservés, mis en valeur et en dialogue _ la cour de l’hôtel particulier enrichie d’une façade contemporaine devient place publique, les éléments de charpentes à la Philibert Delorme, les fresques de l’allégorie des vertus _ participent à la scénographie du nouveau lieu et à la valorisation de la collection de « ce petit Louvre », accumulant les richesses d’une ville française de la Préhistoire à la Renaissance.
A Perpignan pour le Campus Mailly (livraison 2017), l’Université demande de réinvestir des immeubles précaires dans le quartier Saint-Jacques très dégradé. Cette fois la stratégie est dictée par le problème structurel, la volonté d’éviter l’effondrement. Le parti pris du projet a été d’étayer le front bâti avec une construction neuve à ossature béton, contenant l’amphithéâtre et de salle de détente, et de l’unir, grâce à une passerelle surplombant la rue Emile Zola, à l’ancien couvent Saint-Sauveur réutilisé en salles de cours.
Passerelle
Archéologues
Démembré par la révolution, il reste peu de chose de l’ancienne chapelle du couvent, quelques contreforts contre lesquels étaient construits des logements. Tels des archéologues nous avons repéré ce qui était signifiant. L’étude de l’évolution du tracé des niveaux successifs des sols dans le temps, nous a amené à créer un amphithéâtre extérieur par excavation, rue Emile Zola, afin de mettre de plain-pied les rez-de-chaussée
Le chantier a permis la découverte d’ouvertures romanes en brique dont on ignorait l’existence. On a « fait avec » ces traces qui n’existaient pas dans le projet initial. Anciennes et nouvelles ouvertures similaires sont devenues un fil conducteur, tout comme leur matière : la brique cuite au feu de bois, joyau de l’architecture du centre-ville de Perpignan. Ce déjà-là des murs anciens est devenu la matière référente du projet, qui règle la hauteur des planches de coffrage du béton coulé en place, qui habille l’enveloppe de l’amphithéâtre.
Fil conducteur
Juxtaposition
Le Musée Fabre à Montpellier (livraison 2007, 2030) est la juxtaposition de constructions d’auteurs qui font œuvre commune à travers le temps. Cela nous oblige à la fois à être modestes et à être à la hauteur de ces extensions successives qui ont réuni le collège des Jésuites, la bibliothèque, le premier musée créé par François-Xavier Fabre, dont l’entrée était rue Montpelliéret.
Les extensions modifient les accès, et les dispositifs de prise de jour. Notre grand mur de verre de la salle dédiée à l’œuvre de Pierre Soulages apporte une lumière frontale à travers un dispositif empirique de diffraction, il rompt avec le dispositif de lumière zénitale de la galerie des colonnes, et de la galerie des griffons pensée par François-Xavier Fabre, grand donateur et premier conservateur du musée.
Lumière
Collection
Avec la future extension dédiée à une salle d’exposition temporaire, on crée un nouvel escalier qui complète la collection de lieux majeurs du parcours muséal. Décidée dans le cadre du bicentenaire du musée, prévue pour 2030, cette extension de plus de 1000 m2, sera construite sous la place Daniel Buren.
A Paris le Musée de l’Homme (livraison 2015) est installé sur trois niveaux, au-dessus du Musée de la Marine, dans l’aile Passy du Palais de Chaillot. Construit à l’occasion de l’Exposition Internationale de 1937, cet édifice Art-Déco remplace le Palais du Trocadéro de tendance éclectique, construit lors de l’Exposition universelle de 1878. En 1937, le projet change d’échelle, démolit la grande salle de 3000 places qui couronnait la colline en 1878. Il creuse un vide central pour faire face à la tour Eiffel érigée en 1889.
Vide central
Béton
Dans l’édifice Art-Déco, le béton est utilisé de façon audacieuse. Mais mal exécuté (conséquence des grèves de 1936 ?), il ne vieillit pas bien, les aciers se dégradent, le matériau composite n’a pas la résistance requise aux normes modernes. On a dû tout renforcer pour que l’édifice soit capable de supporter les charges d’exploitation du musée. Ce chantier de curage a montré comment le bâti du palais de Chaillot conservait et masquait des colonnes doriques du palais du Trocadéro.
On a fait le choix de laisser cohabiter les héritages entremêlés des deux palais. On a conservé l’aspect art-déco des porteurs, et restitué la continuité des circulations de plain-pied, la diffusion de la lumière zénitale, contrariées par l’ajout d’une mezzanine en béton, que l’on a démolie.
Cohabiter
Mise en relation
Dans le vaste volume dégagé, on a construit un escalier-balcon, qui opère une séquence de retournement, offre un long palier d’où profiter de différents points de vue, voir les collections du dessus après les avoir regardées à hauteur d’homme.
La galerie du musée est un arc tendu face à la tour Eiffel. On a mis au point un système de voilage de 60 m de long pour protéger les collections de l’apport du jour de cette façade sud, sans perdre la perception sur la tour Eiffel qui reste omniprésente.